En 2004, au lancement de Facebook, son fondateur, Mark Zuckerberg s’interrogeait sur l’évolution et les perspectives de son réseau. Fin 2018, Facebook comptait 2,32 milliards d’utilisateurs actifs chaque mois dans le monde.

Après 15 ans d’existence (pour les précurseurs), ces réseaux sociaux peuvent-ils encore être considérés comme “cools” ? Pas certain…

Les médias ou réseaux sociaux sont partout. Ils sont devenus nos nouveaux espaces d’informations, de discussions, véritables agoras de notre société actuelle. On a du mal à s’en passer dans notre quotidien : 43% de la population mondiale sont actifs sur les réseaux sociaux.

Quand on l’a lancé, on pensait avoir 400 ou 500 membres. Et maintenant nous avons 100.000 membres, alors qui sait jusqu’où peut on aller ?… On peut peut-être en faire quelque chose de cool

Mark Zuckeberg

Interview sur CNBC, le 28 avril 2004

Black Mirror dissèque nos rapports aux réseaux sociaux

La série dystopique Black Mirror a largement pointé les dangers liés aux réseaux sociaux.

Des réseaux sociaux, destructeurs, mais parfois aussi créateurs de popularités parfois inattendues, souvent éphémères. Au-delà de la satire d’une politique spectacle évidente, Black Mirror dénonce ces amplificateurs de “popularité imposture” comme dans The Waldo Moment, Saison 2 Episode 3.  Une mascotte virtuelle devient le candidat favori à une élection politique.
Si les réseaux sociaux ont ce pouvoir d’amplification, c’est aussi au risque de lynchages médiatiques. Sur ce point, Black Mirror va très loin jusqu’à mettre en scène un tueur laissant le choix de ses cibles … aux utilisateurs de son réseau social ! (Hated in the Nation Saison 3 Episode 6).

Les plateformes Facebook -mais aussi Twitter ou Google- ont été récemment montrées du doigt, accusées de servir la manipulation de l’opinion publique, en particulier lors de la campagne présidentielle américaine de Trump ou celle du référendum sur le Brexit en 2016 … De l’information à la manipulation, la frontière est mince !

Au lieu d’amener les individus à échanger leurs opinions (utopie, qui, rappelons-le, a porté la démocratisation d’Internet dans les années 1990), les réseaux sociaux semblent, aujourd’hui, être de plus en plus utilisés à des fins de manipulation de l’opinion. Récemment encore un véritable champ de bataille est apparu sur les réseaux sociaux avec le mouvement des gilets jaunes en France.

Nosedive, Saison 3 Episode 1. La vie d’une jeune femme se trouve totalement anéantie suite à une course effrénée (et vaine !) à la popularité pour recueillir le maximum de notations sociales positives. Une société dans laquelle chaque interaction sociale est assujettie à une notation, entre des citoyens qui se jugent et se comparent entre eux.

Une fiction déjà bien réelle en Chine depuis 2014 avec le système de « crédit social » qui peut jusqu’à empêcher d’accéder à certains des services publics et privés …

Solidarités numériques, de nouveaux possibles

Sur les réseaux sociaux, nous assistons aussi à l’éclosion de nouvelles formes de solidarités et d’engagement citoyen.

HASHTAG : LE POUVOIR DU PEUPLE


Depuis quelques années, les #NoBan4Women, #Metoo, #OnVautMieuxQueÇa, #JeSuisCharlie …, les collectifs constitués et engagés via les réseaux sociaux : Anonymous, Occupy, Nuit Debout, …, les pétitions ou boycotts online: Care, Climat21, Change, …, se sont multipliés et amplifiés sur les réseaux sociaux, autour de nombreuses causes. Récemment, à l’initiative de quatre associations Notre Affaire à Tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France la pétition en ligne “l’affaire du siècle” vient d’atteindre 2 millions de signatures, ce qui en fait la pétition la plus signée de l’histoire! Une étude américaine du Pew Research Center a dévoilé qu’en 2018 la moitié des Américains avait fait preuve d’activisme sur un réseau social, un tiers des citoyens avait participé à des groupes de discussion sur des causes qui leur importent et que 32% avaient utilisé les plateformes sociales pour encourager leurs concitoyens à s’engager.

En plus d’offrir une plateforme d’expression, les réseaux sociaux facilitent l’accès à l’information et connectent les internautes engagés, militants, en minorité … entre eux.

Campagnes de don ou de soutien à des causes humanitaires, diffusion d’avis de recherche de personnes disparues, les réseaux sociaux sont devenus des outils puissants, incontournables, pour sensibiliser un grand nombre d’individus à l’action citoyenne, solidaire, responsable et rassembler.

VOUS AVEZ DIT RÉSEAU « SOCIAL » ?


D
e nouveaux réseaux de proximité visant à rétablir le lien social comme Entourage voient le jour : l’idée étant de favoriser les rencontres entre  les habitants,les commerçants d’un quartier et les personnes sans-abris. Rosalie Life est un nouveau réseau “web et présentiel”, intergénérationnel, qui facilite des rencontres entre particuliers partageant de mêmes valeurs et intérêts. L’idée ? Rompre l’isolement relationnel qui s’aggrave avec l’avancée en âge.

On a vu également apparaître de nouvelles formes de communautés virtuelles comme Nation Builder ou DigitalBox, favorisant l’implication des individus-citoyens et permettant de connecter militants, sympathisants et soutiens financiers. Obama a ainsi réuni via ce type d’outil une communauté de 1,2 million de personnes « militantes » ! Cet esprit communautaire “à-la-NationBuilder”  constitue peut être le meilleur exemple pour observer comment le système de communautés numériques bouleverse aussi le politique. Sommes-nous d’une certaine manière, avec ces nouveaux outils d’empowerment militant, à la reconquête d’un certain pouvoir dans l’espace politique qui nous est refusé ?

ET DEMAIN, QUELLE (R)ÉVOLUTION ?

Les réseaux sociaux sont des outils complexes, ambivalents : il est indispensable de prendre conscience de leurs contradictions. Ils sont de plus en constante évolution et difficiles … à suivre 🙂

L’institut Harris Interactive s’est lancé et a envisagé dans son étude 2018 Social Life 10 scénarios possibles : un réseau social unique; le 100% vocal; la centralisation des fonctionnalités du quotidien; la réalité virtuelle; le 100% éphémère; le zéro pub; la notation des individus; la bienveillance en ligne; le 100% vidéo; la disparition totale des réseaux sociaux.
Si certaines de ces prédictions s’avèrent souhaitables, espérons que d’autres qui font écho à quelques épisodes de Black Mirror, ne se confirment pas.

Suivons plutôt de nouvelles initiatives comme Kohero, réseau social dédié à l’action citoyenne ou Ciwik, réseau social de la vie publique, particulièrement emblématiques car permettant de mettre en relation des acteurs publics ou privés (individus, collectivités locales, associations, entreprises) avec simplicité.  En France, avec le Grand Débat, a été lancée le 15 janvier une plateforme numérique où tous les citoyens peuvent s’exprimer. S’ils reprennent  effectivement la parole (plus de 220 000 contributions à ce jour ont été apportées), nul ne connaît à l’heure actuelle l’issue de cette concertation inédite.

De telles initiatives permettent à l’individu de mieux exercer son pouvoir de choix, de décision et redonnent à l’internet un peu de son utopie de départ.

En résumé, les réseaux sociaux : GoodTech ou BadTech ?

Notre point de vue : La technologie n’est ni bonne ni mauvaise. Seuls les usages que nous en faisons feront la différence. So let’s Tech Care !